Le Moyen-Age
Par Benoît Dejean le mardi, 27 novembre 2007, 12:51 - Lien permanent
Article détaillé du Monde sur ce qui se passe à Villiers-le-Bel. Je ne parle pas des raisons à ce conflit. C'est le retour à la barbarie, au vandalisme, c'est la fin de l'Etat.
Si je passais par là, j'aurais très certainement l'impression de voyager dans le temps. Je me retrouverais en plein Moyen-Age. L'effondrement de l'Empire Romain et l'explosion de la Pax Romana ont plongé notre monde dans mille ans d'insécurité, de violence, d'invasions et d'arbitraire. On cherchait une protection pour survivre et le système féodal a répondu à ce besoin: on se réfugiait derrière les murs d'un château, sous la protection d'un plus puissant.
Notre civilisation antique, aussi brillante qu'elle était, à néanmoins disparu. Je ne parle pas d'apocalypse: la barbarie est partout et en nous.
Je ne comprends simplement pas cette violence: où apprend-t-on à jeter des pierres, à frapper l'autre, à brûler des objets ou des personnes, à saccager le bien commun et le bien d'autrui ? Dans mon esprit, dans ma société, avec mon éducation, tout cela est impensable.
Commentaires
Je suis bien placé pour répondre à cette entrée de blog, étant à la fois un enfant de la banlieue parisienne et un développeur (sans talent, mais un développeur). Si tu n'arrives pas à comprendre pourquoi des gens en arrivent à agir ainsi, essaye de déplacer le prisme cinq minutes et de t'interroger sur les raisons pour lesquelles les soulèvements populaires, quels qu'ils soient, se produisent. Aux racines de ce mal, tu trouveras toujours les mêmes motifs: pauvreté, misère sociale, discrimination, exclusion, sentiment de rejet du reste de la population, ghettoïsation.... Alors bien sûr le comportement en lui même ne doit pas être excusé, mais on peut essayer de comprendre et de se mettre à leur place.
L'État est mort, tu l'as dit, mais il est mort pour toi.
Pour ces gens dans les rues (je m'interdit de les appeller simplement "jeunes"), l'État n'a jamais existé, ou du moins pas l'état Français.
L'État policier peut-être, qu'ils perçoivent comme une menace, avec ses policiers qu'ils en lesquels ils voient des chiens de garde destinés à les canaliser dans leurs cités.
Rien d'excusable, tu l'as dit, mais tout est totalement compréhensible par contre ...
L'État en France est sensé être providence et chance, il n'est rien de cela pour ces personnes-ci.
Rien d'excusable, d'un coté comme de l'autre.
ps : c'est surement plus démocratique comme vision, mais je trouve cela tout aussi intolérable et scandaleux : je mets ma main à couper que si la moto avait fauché deux policiers, morts sur le coup, le nombre de sympatisants du front nationnal aurait doublé en 2 jours.
Benoît, tu vois là le résultat de politiques délibérées d'abandon de certaines catégories sociales, par des élites qui ont jugé à un moment qu'il était possible de faire l'économie de la solidarité nationale et que ces personnes n'étaient pas assez importantes pour qu'il soit nécessaire de les traiter avec équité.
Et ces élites avaient raison sur le court terme : il faut beaucoup d'années pour que le sentiment d'injustice atteigne un point critique et que la moindre étincelle provoque un incendie. Ça fait longtemps que les responsables ont tiré les dividendes de cette politique à court terme et sont partis ce mettre à l'abri.
Le pays vient de voir un autre exemple d'une telle décision récemment, où l'État législateur s'est offusqué de régimes spéciaux que l'État employeur avait sciemment exploité pendant des années pour sous-payer ses salariés. Une fois que la messe sera dite, et que toutes ces personnes auront intégré que l'État législateur revient sur ses engagements sans retourner le manque à gagner (sur des vies de travail) que l'État employeur avait justifié par les régimes spéciaux, quel respect penses tu que ces personnes et leurs enfants auront pour le contrat social national ?
Je peux te le dire : aucun. Et dans dix ans ça se traduira par d'autres actes désespérés et le citoyen de base se demandra comment ça peut arriver.
Tant va la cruche à l'eau qu'elle se casse, ce type d'événement n'arrive pas tout seul, notre histoire (et celle de tous les pays) abonde en politiques cyniques, égoïstes et court-termistes qui ont finalement abouti à des explosions. Et l'explosion est généralement à la mesure de la durée et du degré d'injustice subit par une partie de la population précédemment.
Les Français on beau être des bœufs, ils savent très bien faire la part des choses entre les beaux discours et les actes réels sur le long terme.
Bertrand, je ne suis pas sur de vraiment parler des banlieues mais plus des casseurs, des jeunes de 10 à 30 ans, de ce que je lis. Les causes sociales et sociétales, je les perçois. Mais rien ne m'explique cette violence sacrilège qui détruit école et bibliothèque. J'écoutais France Info à midi, à en croire une habitante, c'est jeunes ne font que jouer, c'est à dire être inconscient.
Tu parles de prisme, je t'ai expliqué le mien.
Nicolas, je suis bien d'accord sur l'abandon. Quand je dis que je ne comprends pas, c'est que je ne conçois pas de telles violences. Je ne parle pas des causes. Ce que je veux dire, c'est que je n'arrive pas à imaginer l'isolement et les mécanismes qui aboutissent à cette perte totale des valeurs d'une société humaine (des deux côtés biensur).
Je ne suis pas madame Michou, je ne suis pas entrain de m'indigner devant TF1.
Je ne voulais vraiment pas parler de tout cela, je ne veux pas prendre partie, je voulais simplement constater cette violence.
Anonyme, si on a cette explosion aujourd'hui c'est que le gouvernement a investi dans la matraque au lieu de régler les problèmes. Le résultat c'est que quand ça pète ça pète plus fort.
C'est une illusion de croire qu'il y a "juste" une centaine de voyous. Les émeutiers ne feraient pas ça sans le soutien tacite de leurs proches, les adultes laissent faire soit parce qu'ils ont été broyés pas le système et sont maintenant impuissants, soit parce qu'ils partagent largement la haine du système de leurs enfants.
Dans ces quartiers l'État n'a pas le soutien de la population, parce qu'il s'est dé-légitimisé en la laissant tomber il y a des années.
Les émeutiers ne sont que la pointe de l'iceberg.
Benoît, quand tu montres par la pratique chaque jour à ces populations combien elles comptent peu pour toi ("si vous n'êtes pas contents, on ira chercher des chinois à 1€/jour"), pourquoi veux-tu qu'elles aient plus de respect pour une école qu'on en a pour leur vie?
Quand la vie humaine ne vaut pas grand chose, les biens physiques ne valent plus rien.
C'est sûr que c'est difficile à imaginer quand on est de l'autre côté.
Nicolas, on ne parle pas de la même chose. Je termine la discussion ici par une citation de Paul Valéry : « Si l’État est fort, il nous oppresse ; si l’État est faible, nous périssons. »